Le présent roman est inspiré de faits réels, transmis uniquement par voie orale de génération en génération. La mémoire d’un aïeul ayant vécu à la toute fin du XIXème et au début de XXème siècle, une épopée extraordinaire en apportant sa contribution, certes modeste mais bien réelle, à la construction de l’une des plus fabuleuses lignes de chemin de fer du monde : la Transsibérienne. Aventure extraordinaire riche en émotions, que cet arrière-grand-père prenait plaisir à raconter, chaque fois enrichie de détails et d’anecdotes croustillants. Je garde un souvenir ému de ce personnage haut en couleur, de son éparse chevelure blanche, de cette sempiternelle pipe au coin des lèvres, garnie de tabac « de la Semois », dont les volutes de fumées épicées lui brunissaient une épaisse moustache en bataille, et embrumaient l’espace de capricieuses formes éphémères. Je l’ai bien connu sur la fin de sa vie, alors que je n’étais qu’un jeune enfant se plaisant à lui chevaucher les genoux, en ne cessant de le taquiner et de lui demander : « S’il te plait papy Doppée, tu me fais des ronds de pipe ? »… Et il exécutait la bouche en « cul de poule » des anneaux de fumée bleue et blanche, que je suivais des yeux jusqu’à ce qu’ils se déforment et s’évanouissent dans le chatoiement des vieilles lampes à incandescence.