« Un homme ça s’empêche » écrit Camus en un mantra moral sidérant.
« Mon cirque est dans le ciel » clame en écho Chagall dans une vision rêvée aux parfums d’enfance.
Reliant ces deux fils à son propre récit de vie, un certain Candide tente de ranimer les feux puissants des Lumières. Entre son Qui suis-je et son Que sais-je, le fils de Voltaire nous livre sa parole en mutation.
De l’espace sonore avorté à celui, médité, de la feuille blanche, le geste et l’esprit rejouent leur duo idéal, nous proposant une leçon de vie rude et nécessaire : l’émancipation par la connaissance et l’acte d’écriture.
Si nous sommes trop souvent doués pour nous livrer une guerre civile larvée, l’espace du conflit intérieur trouve parfois une échappée belle au fil d’une introspection dans les dédales insoupçonnés de la conscience.
Il se voit marcher sur un boulevard désert, pris dans ses pensées. Il lui semble même qu’il se parle, s’immobilise, opine du chef, comme cherchant à se convaincre de quelque chose. Une manière de conversation animée avec lui-même. Il va et se laisse aller.
Un petit groupe de personnes apparaît alors devant lui, surgi de nulle part, animé et bruyant. L’une d’elles se retourne et l’aperçoit. Son visage ouvert, souriant, exprime comme une invite à son égard. Mais lui, sans hésiter, poursuit son chemin, entêté, ignorant délibérément le groupe pourtant si proche. Le voilà qui les dépasse, les outrepasse, d’un air faussement hâbleur et vraiment risible. Rencontre avortée.
Lorsqu’il pense à ce rêve récurrent, c’est le mot de Camus qui vient s’y accoler : « Un homme ça s’empêche » laisse tomber l’auteur de l’Etranger, comme un pavé attaché au cou du condamné.