En février 1956, une vague de froid exceptionnelle a paralysé la France tout entière. Cet essai donne des témoignages vécus, dont le mien, sur cet épisode dans la région toulousaine.
J’ai dix-neuf ans et je suis en classe de Mathématiques supérieures, pensionnaire au Lycée Fermat à Toulouse. La neige apparaît le jour de la Chandeleur et tombe en abondance. La température reste entre -18° et -19° pendant 10 jours, la Garonne et le canal sont gelés durant plusieurs jours. En 1956, nous sortions d’une période de guerre et de pénurie ; chacun se contentait de peu et vivait de manière beaucoup plus rude et autonome qu’aujourd’hui. Les classes sont chauffées à une température voisine de 15°, mais vu la température extérieure nous considérons que nous sommes bien chauffés. Le dortoir était assez vaste et nous avions chacun une petite cabine, avec lavabo individuel. La cabine isolée du couloir par un rideau était isolée du voisin par une demi-cloison. Le dortoir n’était pas chauffé, mais cinq jours après le début de la vague de froid, nous avions de l’eau chaude au lavabo de notre cabine. Cela ne dura que trois ou quatre jours. Un matin, le surveillant général s’aperçut que l’évacuation des lavabos qui se faisait directement dans le caniveau de la cour dégageait une vapeur d’eau suspecte.