Le Nabab
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Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur (CPI, art. L.111-1)...
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Il y a cent ans, le Sage écrivait ceci en tête de Gil Blas :
« Comme il y a des personnes qui ne sauraient lire sans faire des applications des caractères vicieux ou ridicules qu’elles trouvent dans les ouvrages, je déclare à ces lecteurs malins qu’ils auraient tort d’appliquer les portraits qui sont dans le présent livre. J’en fais un aveu public : Je ne me suis proposé que de représenter la vie des hommes telle qu’elle est… »
Toute distance gardée entre le roman de Le Sage et le mien, c’est une déclaration du même genre que j’aurais désiré mettre à la première page du Nabab, dès sa publication. Plusieurs raisons m’en ont empêché. D’abord, la peur qu’un pareil avertissement n’eût trop l’air d’être jeté en appât au public et de vouloir forcer son attention. Puis, j’étais loin de me douter qu’un livre écrit avec des préoccupations purement littéraires pût acquérir ainsi tout d’un coup cette importance anecdotique et me valoir une telle nuée bourdonnante de réclamations. Jamais en effet, rien de semblable ne s’est vu.
Debout sur le perron de son petit hôtel de la rue de Lisbonne, rasé de frais, l’œil brillant, la lèvre entrouverte d’aise, ses longs cheveux vaguement grisonnants épandus sur un vaste collet d’habit, carrée d’épaules, robuste et sain comme un chêne, l’illustre docteur irlandais Robert Jenkins, chevalier du Medjidjié et de l’ordre distingué de Charles III d’Espagne, membre de plusieurs sociétés savantes ou bienfaisantes, président fondateur de l’œuvre de Bethléem, Jenkins enfin, le Jenkins des perles Jenkins à base arsenicale, c’est-à-dire le médecin à la mode de l’année 1864, l’homme le plus occupé de Paris, s’apprêtait à monter en voiture, un matin de la fin de novembre, quand une croisée s’ouvrit au premier étage sur la cour intérieure de l’hôtel, et une voix de femme demanda timidement :
« Rentrerez-vous déjeuner, Robert ? »
« J’ai un pressentiment que nous trouverons dans la vallée de Biban-el-Molouk une tombe inviolée, disait à un jeune Anglais de haute mine un personnage beaucoup plus humble, en essuyant d’un gros mouchoir à carreaux bleus son front chauve où perlaient (…)
Ce petit être est joyeux. Il ne mange pas tous les jours et il va au spectacle, si bon lui semble, tous les soirs. Il n’a pas de chemise sur le corps, pas de souliers aux pieds, pas de toit sur la tête ; il est comme les mouches du ciel qui n’ont rien de (…)
Le mariage de M. Robert Darzac et de Mlle Mathilde Stangerson eut lieu à Paris, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, le 6 avril 1895, dans la plus stricte intimité. Un peu plus de deux années s’étaient donc écoulées